Temps de lecture : 8 min
Imaginez quelques jours pendant lesquels personne ne vous demande ce que vous avez prévu. Ou plutôt si : vous avez prévu de lire. Pas entre deux rendez-vous, pas vingt minutes avant de vous endormir, pas après avoir répondu au dernier message. Lire devient justement le programme.
C’est tout le principe d’une retraite de lecture : s’offrir une vraie parenthèse, à l’écart du quotidien, pour retrouver du temps pour les livres. L’idée peut sembler un peu folle quand on court après chaque minute de la semaine. C’est justement pour ça qu’elle nous fait autant rêver. Voici ce qu’est une retraite de lecture, à quoi elle ressemble, et comment organiser la vôtre.
Qu’est-ce qu’une retraite de lecture ?
Une retraite de lecture, que l’on appelle aussi retraite littéraire ou reading retreat en anglais, est un séjour pendant lequel la lecture occupe la place centrale. On part quelques jours dans un endroit calme, avec plusieurs livres dans ses bagages et, surtout, du temps devant soi.

Il en existe deux grandes formes. Les retraites organisées réunissent plusieurs lectrices et lecteurs dans un même lieu, avec des dates fixées, souvent des repas partagés et parfois quelques temps d’échange autour des livres. Et puis il y a les retraites que l’on s’organise soi-même, seule ou entre amies, en réservant quelques jours dans un endroit où l’on sait qu’on pourra vraiment lire.
La différence avec des vacances classiques est simple. En vacances, le livre accompagne le programme : il se glisse entre une visite, une baignade et un dîner. Pendant une retraite de lecture, le livre devient le programme, et tout le reste s’organise autour de lui.
À quoi ressemble une journée de retraite ?
Il n’existe pas d’emploi du temps universel, et heureusement. Une journée peut commencer par quelques pages au petit-déjeuner, une tasse de café à la main. Elle continue dans un fauteuil près d’une fenêtre ou dans un transat au jardin, s’interrompt pour une promenade ou un déjeuner, puis reprend tranquillement l’après-midi. Le soir, on lit encore un peu, ou l’on discute de ce qu’on a lu.

L’idée n’est pas de lire dix heures par jour. Une retraite de lecture n’est pas un marathon. C’est plutôt de ne plus avoir à se demander quand on trouvera enfin le temps de lire. Vous pouvez lire cinquante pages, faire une sieste, marcher, reprendre votre livre, et considérer que la journée est parfaitement réussie.
Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas forcément une expérience solitaire. C’est même l’un des charmes des retraites à plusieurs : être seule avec son livre, sans être seule tout court. Chacune lit dans son coin, puis on se retrouve autour d’un repas ou d’un café pour raconter ce qu’on est en train de lire. Comme dans un book club, les livres facilitent naturellement les conversations, et l’on repart souvent avec une liste d’envies bien plus longue qu’en arrivant.
Lire, mais pas seulement
Quand on parle de retraite de lecture, on imagine souvent trois jours le nez dans un livre. En vrai, c’est rarement que ça. Beaucoup de retraites prévoient aussi des moments sans livre. Et c’est très bien comme ça : le but reste le même, décrocher et prendre du temps pour soi.
Des activités créatives
Selon les retraites, il peut y avoir un atelier d’écriture, d’aquarelle, de collage, ou de quoi fabriquer ses propres marque-pages. Certaines proposent aussi de décorer son journal de lecture.
On n’a pas besoin d’être douée. Personne ne vous demande un chef-d’œuvre. C’est juste un moment où on fait quelque chose de ses mains, sans téléphone, et ça vide la tête autant qu’un bon roman.
Il y a aussi parfois du yoga doux le matin, une balade, une baignade s’il fait beau. Rien n’est obligatoire : vous y allez si vous en avez envie, sinon vous restez avec votre livre.
Rencontrer une autrice ou un auteur
Certaines retraites invitent un auteur ou une autrice pour une soirée. Il ou elle lit un passage, parle de son livre, répond aux questions.
Et là, ça n’a rien à voir avec une dédicace en librairie où on a trente secondes avec la file qui attend derrière. On a le temps de discuter pour de vrai. Franchement, après ça, on ne lit plus le livre de la même façon.
La lecture commune
Vous connaissez sûrement la LC, la lecture commune : plusieurs lectrices lisent le même livre en même temps et en parlent au fur et à mesure.
En retraite, c’est encore mieux. Chacune lit dans son coin la journée, et le soir on se retrouve pour débriefer : qui a vu venir ce rebondissement, qui déteste tel personnage, qui a pleuré page 200…
Et ça marche aussi si vous organisez votre retraite entre copines. Choisissez le livre ensemble avant de partir, fixez-vous quelques chapitres par jour, pas plus, et gardez un moment le soir pour en parler. Si vous faites déjà partie d’un book club, c’est un peu la version vacances.
Ateliers, rencontres, lecture commune : rien de tout ça ne remplace la lecture. Ça permet juste de souffler un peu, et on retrouve son livre avec encore plus d’envie.
Pourquoi partir uniquement pour lire ?
Parce que dans la vie quotidienne, la lecture arrive souvent après beaucoup d’autres choses. Le travail, les courses, les enfants, les messages, les séries, et cette étrange capacité que nous avons à trouver soudain urgent de ranger un placard au moment d’ouvrir un livre. Nous en parlons dans notre article sur comment lire plus quand on manque de temps : on peut glisser des pages dans les petits creux de la journée, mais ce n’est pas tout à fait la même chose que de s’installer vraiment dans un livre.

Partir crée une coupure. On laisse derrière soi une grande partie des sollicitations habituelles, et l’on donne volontairement de la place à une activité qui en manque. C’est l’occasion de terminer enfin ce roman commencé il y a des semaines, d’attaquer ce pavé qui trône sur la PAL depuis des mois, ou de se plonger dans un livre plus exigeant qu’on n’ose pas ouvrir en semaine.
Et surtout, c’est l’occasion de retrouver un plaisir qu’on oublie parfois : celui de lire longtemps, sans regarder l’heure, jusqu’à ce que l’histoire nous emporte complètement.
Comment organiser sa propre retraite de lecture
Pas besoin de partir loin ni de réserver un séjour organisé. Le plus important est moins la destination que l’intention : se réserver du temps où la lecture n’a pas à se contenter des restes.
Le lieu. Une petite maison à la campagne, une chambre d’hôtes au calme, un gîte au bord de la mer hors saison, la maison de famille quand elle est vide. Cherchez un endroit avec un bon fauteuil, une belle lumière et, idéalement, un extérieur pour lire dehors quand il fait beau. Un café-librairie à proximité ne gâche rien. Et si partir n’est pas possible, une retraite à la maison peut aussi fonctionner, à condition de prévenir son entourage et de mettre les tâches ménagères entre parenthèses.
La durée. Un week-end suffit déjà pour créer une vraie coupure. Deux ou trois jours permettent de vraiment ralentir. Et même une seule journée bloquée, façon readathon, peut faire beaucoup de bien.
Les règles du jeu. Fixez-vous quelques intentions simples, pas des objectifs. Le téléphone en mode avion ou dans un tiroir pendant les plages de lecture. Des repas faciles, préparés à l’avance ou pris dehors, pour ne pas passer la journée en cuisine. Et le droit de ne rien faire d’autre que lire, sans culpabilité.
La valise. Des livres, évidemment. Mais peut-être pas douze. Prévoyez quelques lectures différentes selon votre humeur : un roman dans lequel vous avez vraiment envie de plonger, quelque chose de plus léger, et éventuellement votre liseuse si vous aimez changer de livre sans porter une valise de briques (nous en parlons dans Quelle liseuse choisir). Ajoutez des vêtements confortables, un plaid, un carnet si vous aimez noter vos impressions, et vos tisanes préférées. Le but n’est pas de déménager votre bibliothèque. Même si la tentation existe.
Le bon moment. Toutes les saisons s’y prêtent, mais l’automne et l’hiver ont un charme particulier : la pluie dehors, le feu de cheminée, les longues soirées. Nous en parlons dans Pourquoi avons-nous autant envie de lire quand l’automne revient ?
Une retraite de lecture est-elle faite pour vous ?
Probablement, si l’idée de disposer d’un après-midi entier pour lire vous semble être un luxe absolu. Elle peut particulièrement vous plaire si vous avez perdu l’habitude de lire longtemps, si votre PAL grandit beaucoup plus vite que votre temps disponible, ou si vous avez envie de rencontrer d’autres personnes qui aiment les livres autant que vous.

Et vous n’avez pas besoin d’être une lectrice capable d’avaler trois romans en un week-end. Il n’y a ni nombre de pages à atteindre, ni résultat à montrer. Juste du temps, des livres, et le plaisir de les retrouver. C’est peut-être même exactement ça, le principe.
Le petit lexique des lectrices
- Reading retreat : le nom anglais de la retraite de lecture, un séjour consacré aux livres.
- Readathon : un marathon de lecture, sur une journée ou un week-end, où l’on se consacre presque uniquement à lire.
- PAL : pile à lire. Tous les livres qui attendent leur tour.
- LC : lecture commune. On lit le même livre en même temps que d’autres lectrices et on en discute au fil des chapitres.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une retraite de lecture ?
Cela peut aller d’un week-end à plusieurs jours. Un week-end suffit déjà pour créer une vraie coupure avec le quotidien.
Peut-on faire une retraite de lecture chez soi ?
Oui, à condition de s’organiser : prévenir son entourage, préparer des repas simples à l’avance, mettre son téléphone de côté et laisser les tâches du quotidien pour plus tard.
Photo de couverture : Chloë Aillud.