Retrouver le goût de lire

Comment se remettre à lire quand on en a perdu l’habitude ?

Par Élodie & Zoé
·
13 octobre 2026
Lectrice allongée sur un canapé, le visage caché derrière son roman

Temps de lecture : 9 min

Il y a ce livre commencé il y a trois semaines sur la table de nuit, le marque-page toujours coincé au même endroit. Celui glissé dans le sac « au cas où », qui fait l’aller-retour sans jamais sortir. Et cette PAL, la fameuse pile à lire, qui continue de grandir alors que le nombre de pages lues, lui, ne suit plus du tout.

Nous connaissons bien cette situation, toutes les deux. Nous aimons les livres, nous avons toujours envie de lire, et pourtant il y a des périodes où la lecture disparaît de nos journées sans que nous l’ayons vraiment décidé. Elle ne part pas d’un coup : elle glisse doucement derrière tout le reste, jusqu’au jour où l’on se rend compte qu’on n’a pas ouvert un roman depuis des semaines.

Si vous lisez ces lignes, c’est probablement que vous en êtes là, vous aussi. Alors autant vous le dire tout de suite : se remettre à lire ne demande ni de finir un roman par semaine, ni de supprimer Netflix de sa vie. Il s’agit surtout de comprendre ce qui nous a éloignés des livres, puis de recréer, petit à petit, les conditions qui donnent envie d’en rouvrir un. Voici nos 6 conseils pour retrouver le plaisir de lire, ceux qui fonctionnent vraiment pour nous.

Pourquoi perd-on l’habitude de lire ? (Et pourquoi ce n’est pas grave)

On se dit parfois qu’on ne lit plus parce qu’on « n’aime plus lire ». En réalité, c’est rarement ça. Entre lectrices, on parle plutôt de panne de lecture (le fameux reading slump des anglophones) : une période où l’on n’arrive plus à lire, sans avoir perdu le goût des livres. Le plus souvent, ce n’est pas l’envie qui manque, c’est l’énergie. Le travail prend le dessus, les journées s’allongent et, le soir venu, il ne reste plus la force de tenir un livre ouvert.

Il y a aussi tout ce qu’on porte sans que ça se voie. Quand on est maman, la charge mentale ne s’arrête jamais vraiment : les repas, les rendez-vous, l’école, ce qu’il ne faut pas oublier demain. Quand la tête est pleine à ce point, la lecture devient presque un luxe. Elle demande quelque chose que l’épuisement ne permet plus : accepter de rester avec une seule chose, longtemps, sans penser à la liste qui attend.

Et puis il y a le reste, que tout le monde connaît. Une notification, un message auquel répondre, quelques minutes sur Instagram qui deviennent vingt, un épisode lancé presque machinalement parce qu’il demande moins d’effort qu’un chapitre. Rien de tout cela n’est un drame. Mais mis bout à bout, ces petites choses grignotent exactement le temps et l’attention que la lecture demandait.

le mot d’Élodie ✎

Avant les vacances d’été, j’avais complètement arrêté de lire. Entre la charge mentale, la vie pro et la vie perso, il ne restait plus de place pour les livres. Ce sont les vacances qui m’ont permis de m’y remettre : un peu de temps, un peu moins de pression, et l’envie est revenue toute seule.

— Élodie

Ce que nous avons fini par comprendre, c’est qu’une pause ne fait pas de vous quelqu’un qui ne lit plus. La vie a des saisons. Il y a des années où l’on dévore les livres, d’autres où on les regarde de loin, puis on y revient. Ce qui ramène à la lecture, ce n’est presque jamais une grande résolution : ce sont les moments de pause, ceux où la pression retombe enfin. C’est de là que viennent la plupart des conseils qui suivent.

1. Recommencer tout petit, et se créer un rituel

Quand on veut reprendre, on a souvent tendance à viser trop haut. On se promet une heure de lecture tous les soirs, on tient deux jours, puis la fatigue revient et l’on se sent en échec. Nous pensons qu’il vaut mieux faire exactement l’inverse : commencer si petit qu’il devient difficile de ne pas le faire. Dix minutes. Quelques pages. Un seul chapitre.

Ces petits moments ont l’air insignifiants, mais ils ont un avantage énorme quand on a une vie bien remplie : ils tiennent dans une journée chargée. Ils ne demandent pas de réorganiser son planning ni d’attendre d’avoir « enfin du temps », un moment qui, soyons honnêtes, ne se présente presque jamais (nous en parlons plus longuement dans notre article sur comment lire plus quand on manque de temps). Et lorsqu’un livre nous attrape vraiment, les dix minutes prévues ont une étrange tendance à se prolonger toutes seules.

Ce qui aide le plus, c’est d’accrocher ces quelques pages à un moment que l’on aime déjà. Le premier café du matin, avant que la maison se réveille. La pause après le déjeuner. Le trajet en train. Ou ces quelques minutes avant d’éteindre la lumière. La lecture n’a plus besoin de se battre pour trouver sa place : elle s’installe dans un rendez-vous qui existe déjà.

[À COMPLÉTER, facultatif] Le mot de Zoé — son petit rituel de lecture, en deux ou trois phrases.

Pas besoin pour autant de bougie parfumée, de plaid parfaitement plié et de pluie battante derrière la fenêtre, même si, reconnaissons-le, ça ne gâche rien (si l’envie vous prend, voici nos idées pour créer un coin lecture cosy). L’idée est surtout d’avoir toujours un livre à portée de main : sur la table plutôt que rangé dans la bibliothèque, dans le sac plutôt que sur l’étagère. Une salle d’attente, un rendez-vous en retard, un enfant à l’activité du mercredi : ce sont autant de petits creux où dix minutes d’attente peuvent devenir dix minutes de lecture. Sans obligation, évidemment. Parfois, regarder par la fenêtre est aussi une excellente activité.

Femme lisant un roman au jardin face à la campagne

2. Quel livre choisir pour reprendre la lecture ? Celui qui vous fait envie

Nous n’allons pas vous donner de liste de livres pour reprendre, et c’est volontaire. Chacun a sa propre façon de lire, ses propres goûts, ses propres envies du moment. Le roman qui a happé l’une de nous pourrait très bien vous tomber des mains au bout de vingt pages. En revanche, nous pouvons vous dire comment nous choisissons quand nous avons envie de nous y remettre.

La première règle, c’est d’oublier le livre qu’il « faudrait » avoir lu. Le grand classique acheté avec beaucoup de bonne volonté il y a quatre ans, le roman primé dont tout le monde parle, l’essai qui devrait nous rendre plus cultivée. On a parfois une drôle de manière de compliquer nos loisirs, comme si chaque lecture devait être utile ou rentable. Un livre n’a pas besoin d’être utile pour mériter d’être lu. Quand on essaie de renouer avec la lecture, le plaisir est un bien meilleur moteur que la discipline.

Concrètement, regardez vers quoi votre main se tend spontanément. Un genre que vous aimez déjà, plutôt qu’un genre qui vous intimide. Une histoire qui démarre vite, avec des chapitres courts, si vous savez que vous lirez par petits morceaux. Ou un sujet qui vous passionne en ce moment, parce que la curiosité fait déjà une grande partie du travail. Un polar dévoré en deux soirées vaut mille fois mieux qu’un chef-d’œuvre qui reste fermé sur la table de nuit.

Et puis il y a une piste qu’on oublie souvent : la relecture. Revenir à un livre que l’on a aimé il y a quelques années est une façon très douce de reprendre. On connaît déjà l’univers, les personnages nous attendent, l’entrée dans l’histoire demande moins d’effort. Avec une jolie surprise au passage : le même livre peut sembler très différent quelques années plus tard, simplement parce que nous avons changé entre deux lectures.

Livre ouvert sur les genoux sous un plaid, à côté d'une tasse de café

3. Mettre un peu de distance entre le téléphone et le livre

Le problème n’est pas vraiment le téléphone en lui-même. C’est sa capacité remarquable à nous rappeler son existence toutes les trente secondes. On ouvre son livre, une notification arrive, on répond « juste vite fait », on aperçoit un autre message, puis une vidéo, puis une autre. Dix minutes plus tard, le livre est toujours ouvert à la même page, et le temps de lecture s’est évaporé.

Quand la tête est déjà encombrée par la journée, ces interruptions pèsent encore plus lourd. Chaque fois qu’on lâche le livre, il faut ensuite un petit effort pour y revenir, retrouver le fil, se replonger dans l’histoire. Au bout de trois ou quatre allers-retours, on finit par se dire qu’on n’arrive plus à se concentrer, alors qu’on n’a simplement jamais eu dix minutes d’affilée.

La solution la plus simple est souvent la plus efficace : le téléphone dans une autre pièce, ou au moins hors de portée de main, le temps de la lecture. Le mode « ne pas déranger » peut aussi faire beaucoup. Il ne s’agit pas de mener une guerre contre les écrans, seulement de donner au livre une vraie chance de capter votre attention avant que quelque chose d’autre ne la réclame.

Nous en parlons plus longuement dans notre article Téléphone, écrans, distractions : comment retrouver sa concentration pour lire ?

4. Essayer une autre façon de lire

Reprendre la lecture ne veut pas forcément dire revenir exactement à ses anciennes habitudes. Votre vie a peut-être changé depuis l’époque où vous lisiez beaucoup : plus d’enfants, moins de temps, d’autres horaires, d’autres trajets. Il est logique que votre manière de lire change aussi.

Si vous lisiez uniquement des romans papier, une liseuse peut se révéler très pratique : elle se glisse dans n’importe quel sac, se lit d’une main, dans le noir, sans réveiller personne. Si les longs romans vous semblent insurmontables en ce moment, une bande dessinée, un manga ou un recueil de nouvelles permettent de finir une histoire en une soirée, et cette petite satisfaction compte énormément pour reprendre confiance. Et si vos journées se passent en voiture ou dans les transports, le livre audio peut créer un nouveau moment consacré aux histoires, là où vous n’auriez de toute façon pas pu tenir un livre.

Certaines personnes vous diront qu’écouter un livre, « ce n’est pas vraiment lire ». Nous pensons surtout que le format compte beaucoup moins que la rencontre avec une histoire, une idée ou une voix qui vous donne envie de continuer. Si c’est ça qui vous ramène vers les livres, c’est déjà gagné.

5. S’autoriser à abandonner, à ne pas compter, à ne pas se comparer

S’il y a une phrase que nous aimerions afficher au-dessus de chaque bibliothèque, c’est celle-ci : vous avez le droit de ne pas terminer un livre. Dans le jargon des lectrices, on appelle ça un DNF (did not finish), et ce n’est pas un échec. Même s’il a reçu un prix. Même si votre meilleure amie l’a adoré. Même si vous en êtes déjà à la page 147, et même si vous l’avez payé. S’obliger à finir un livre qui ne nous plaît pas, c’est le meilleur moyen de faire traîner sa lecture pendant des semaines, puis de ne plus avoir envie d’en commencer un autre. On peut lui laisser sa chance quelques dizaines de pages, le reposer, le reprendre plus tard. Ou jamais. Il y aura toujours plus de livres passionnants que de temps pour les lire.

Même chose pour les chiffres. « Je n’ai lu que trois livres cette année. » Que trois ? À quel moment a-t-on décidé qu’un loisir devait se mesurer dans un tableau Excel ? Les challenges de lecture peuvent être amusants quand ils donnent envie de lire. Ils le sont beaucoup moins quand ils donnent l’impression d’être en retard sur quelque chose. Lire cinq livres qui vous accompagnent longtemps vaut bien autant que d’en terminer cinquante. Si compter vous amuse, comptez. Sinon, oubliez les chiffres et tournez simplement la page.

Enfin, méfiez-vous de la comparaison. Sur les réseaux, on voit passer des piles impressionnantes et des bilans de dizaines de livres par an, et il est facile d’en conclure qu’on ne lit jamais assez. Mais personne n’a les mêmes journées, la même charge, les mêmes enfants à coucher ni la même fatigue le soir. La lecture n’est pas une compétition. Et s’il y a des périodes où vous n’y arrivez vraiment pas, ne forcez pas. Lire trois pages en pensant à autre chose n’apporte pas grand-chose. Posez le livre, revenez demain, ou la semaine prochaine. L’envie ne disparaît pas parce que vous avez traversé quelques mois sans finir un roman : Élodie en sait quelque chose.

6. Parler de ses lectures

La lecture est une activité solitaire, mais elle n’est pas obligée de le rester. Recommander un roman à une amie, envoyer la photo d’une phrase qui nous a touchée, débattre pendant une heure d’une fin particulièrement frustrante : tout cela prolonge le plaisir bien après la dernière page. Et quand on se sait attendue pour en parler, on a soudain beaucoup plus envie d’avancer dans son livre.

C’est tout l’intérêt des book clubs. Ils créent un rendez-vous régulier autour des livres, une petite échéance douce qui aide à garder le rythme sans en faire une obligation. Ils permettent aussi de découvrir ce que d’autres lecteurs ont vu dans une histoire que l’on croyait connaître par cœur, et de sortir de temps en temps de ses habitudes.

Parfois, il suffit même d’entendre quelqu’un parler avec enthousiasme d’un roman pour avoir envie de rentrer chez soi et d’ouvrir le sien. C’est d’ailleurs un peu pour ça que nous avons créé ce Carnet : pour partager nos lectures, nos découvertes et nos petits rituels, en espérant vous donner envie de retrouver les vôtres.

Retrouver le plaisir de lire, une page après l’autre

Au fond, se remettre à lire, ce n’est pas trouver plus de temps. C’est redonner une petite place aux livres dans une vie déjà bien remplie. Un livre posé sur la table plutôt que rangé. Dix minutes sans téléphone. Un café et quelques pages. Un roman abandonné sans culpabilité pour en commencer un autre qui vous attire davantage.

Il n’y a rien à rattraper, aucun nombre de livres à atteindre, et personne pour vous noter. Il y a juste ce moment, un jour, où le phénomène se produit à nouveau : on devait lire dix minutes, on relève la tête, et une heure est passée. Et peut-être même, quelques jours plus tard, votre première gueule de bois littéraire depuis longtemps. Ce jour-là, vous saurez que vous êtes revenue parmi les lectrices et les lecteurs.

Le petit lexique des lectrices

  • PAL : pile à lire. Tous les livres achetés, offerts ou empruntés qui attendent leur tour. Elle a une fâcheuse tendance à grandir plus vite qu’on ne la lit.
  • Panne de lecture (reading slump) : une période où l’on n’arrive plus à lire, ou où aucun livre ne nous accroche. Elle est passagère.
  • DNF (did not finish) : un livre abandonné en cours de route. Le verbe existe aussi : « je l’ai DNF ».
  • Gueule de bois littéraire (book hangover) : cette sensation de vide après avoir refermé un livre qui nous a happés, au point de ne pas réussir à en commencer un autre.

Questions fréquentes sur la reprise de la lecture

Combien de temps faut-il lire chaque jour ?

Il n’existe pas de durée idéale. Quelques pages suffisent pour garder le lien avec un livre. Le bon rythme est celui que vous pouvez tenir sans que la lecture devienne une contrainte de plus.

Comment se remettre à lire après plusieurs années ?

N’essayez pas de rattraper le temps perdu. Choisissez un livre accessible qui correspond à vos goûts d’aujourd’hui, relisez éventuellement un livre que vous aviez aimé, et reprenez progressivement, sans objectif de quantité.

Qu’est-ce qu’une panne de lecture ?

C’est une période pendant laquelle on n’arrive plus à lire ou à s’accrocher à un livre, alors qu’on aime toujours la lecture. Elle vient souvent de la fatigue, de la charge mentale ou d’un livre qui ne correspond pas au moment. Elle est passagère : de petits moments de lecture et un livre qui fait vraiment envie aident à en sortir.

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